Aujourd’hui, c’est vendredi et c’est jour de Blog ! Il pourrait être facile de parler des femmes car au niveau hépatologique, elles ne sont pas l’égale de l’homme… Elles font 4 fois plus vite une cirrhose en cas de consommation excessive d’alcool ! Et ce, avec beaucoup moins de produit !
Concernant l’hépatite B, elles ont davantage de risques de contamination en commençant par la transmission mère-enfant au cours de l’accouchement.
Mais j’ai pris pour habitude d’animer ce blog à partir de ce que je vis au quotidien alors je voudrais vous parler de la consultation d’hier.
Une jeune femme de 19 ans est hospitalisée pour fatigue intense et amaigrissement, et on découvre qu’elle présente en fait une hépatite B aiguë !
Lorsque je l’informe du diagnostic, elle me regarde avec de grands yeux et me dit : « Mais pourtant j’ai été vaccinée ».
Je regarde son carnet de vaccination qu’elle me tend comme pour justifier de sa bonne foi (oups ou de son bon foie ?) et je constate qu’elle fait partie de ceux qui ont bénéficié d’une vaccination de rattrapage. C’est-à-dire qu’elle n’a pas été vaccinée quand elle était nourrisson et que sa vaccination contre l’hépatite B a été réalisée en rattrapage à l’adolescence.
Oui mais voilà, le vaccin amène une protection efficace dans 95 à 97 % des cas et du coup 3 à 5 % des gens ne sont pas protégés… Et c’est le cas de cette jeune patiente.
La question de nouveau posée est : la vaccination de rattrapage est-elle une protection individuelle ou une protection collective ?!
Je m’explique :
- protection collective : si l’on veut bloquer l’épidémie d’hépatite B il faut que au moins 90 % de la population soit vaccinée, ce qui empêchera le virus de trouver de nouvelles proies et on peut donc accepter que 3 à 5 % des personnes vaccinées ne soient pas protégées ;
- protection individuelle : si l’on vaccine des adultes et que l’on souhaite obtenir une protection individuelle, alors il faut s’assurer d’une efficacité individuelle en vérifiant qu’il y a bien eu apparition d’anticorps protecteurs.
Cette jeune femme doit être suivie ainsi que son entourage et il faut mener une enquête épidémiologique quasi policière, car dans son entourage affectif familial ou sexuel, il y a quelqu’un de porteur chronique de l’hépatite B.
En tout cas dans la mise en place des états généraux de l’hépatite B, les militants devront dire dans quels cas et pour quelles questions on est dans une protection collective et dans quels cas on réfléchit en individuel.
De l’individu au collectif, un vieux débat depuis la révolution française et qui semble visiblement aussi important que l’égalité homme/femme.
Pascal Mélin






La dernière action de la semaine hépatante en Guadeloupe se situait à Marie-Galante. Cette île de 25 kilomètres de diamètre compte 9 800 habitants et se trouve au large de la Guadeloupe, à une heure en bateau de Pointe-à-Pitre. Marie-Galante ce n’est pas uniquement les plages de sable blanc des cartes postales…
Marie-Galante compte cinq pharmacies, 6 médecins généralistes et un centre hospitalier : le Centre Hospitalier Sainte Marie. C’est là que nous nous sommes rendus avec plusieurs militants de SOS Hépatites, les Professeurs Serfaty et Mathurin, le Dr Gordien associés aux 2 hépatologues du CHU de Pointe-à-Pitre, les Docteurs Gelu-Simeon et Saillard avec l’Association Guadeloupéenne de Formation en Hépato-GastroEntérologie. Nous avons été accueillis au CHG Sainte Marie par la directrice des lieux à qui nous avons expliqué le défi de Marie-Galante sans Hépatite C et qui a accepté avec enthousiasme de relever ce défi.
Ce projet, mené conjointement avec le CHSM, l’AGFHGE et SOS Hépatites, a ensuite été expliqué devant la population par tous les intervenants. Ce sont 3 postes de réalisation de TROD qui ont été mis en place dans le hall de l’hôpital. Nous avons également travaillé en collaboration avec le bus « la promotion de la santé en action » de l’hôpital qui sillonne l’île pour faire de la prévention. Pour l’occasion, ils étaient devant l’hôpital à faire des TROD. Pour tous ceux qui n’ont pas pu attendre, des ordonnances ont été remises pour faire les dépistages.
Pendant ce temps, le Pr Mathurin et le Dr Gelu Simeon ont rencontré les professionnels de l’hôpital pour expliquer la démarche du projet. Puis nous avons déjeuné tous ensemble, rejoints par les médecins généralistes et le biologiste responsable de l’unique laboratoire de l’île. Tous sont motivés à l’idée de participer à ce projet «Marie-Galante sans hépatite C»
Plus de 100 personnes ont été dépistées, le projet est lancé avec une acceptation totale. Le Dr Gelu Simeon et le Dr Saillard s’engagent à être disponibles pour les médecins généralistes et à traiter et prendre en charge tous les patients qui seraient découverts positifs car l’hôpital Sainte Marie est rattaché au CHU de Point-à-Pitre.
Cette action se poursuivra sur une année et nous reviendrons avec le bateau !


INFORMER : l’ensemble des médecins présents pour la semaine hépatante en Guadeloupe se sont mobilisés pour inonder les médias de leur présence. Le Pr Mathurin en plateau télé, le Dr Siméon-Gelu en interview sur site, le Pr Serfaty et moi-même pour la radio Guadeloupe Première, sans compter toutes les interviews papier. Je garde un souvenir ému d’une auditrice qui a appelé en direct dans l’émission car elle était porteuse d’une hépatite C et voulait refaire un enfant mais désirait connaitre les risques de contamination ! Après lui avoir dit que le risque était faible et évalué à moins de 3% on s’est empressé de lui dire de voir un spécialiste, de guérir de l’hépatite C et ensuite de concevoir un enfant qui aura alors 0% de risque de contamination !
FORMER : là encore les bouchées doubles étaient de mise. Le premier temps fort le lundi 11 avec les médecins du CHU où le Pr Serfaty expliqua l’importance du repérage et de la prise en charge de la NASH, encore trop mal connue. Cette formation était cruciale d’autant que la NASH est associée à l’obésité qui touche 25 % de la population adulte en Guadeloupe contre 18% en métropole. La Nash prédit donc une prise en charge importante. Former également le mardi 12 en soirée avec une trentaine de médecins présents afin d’ évoquer les actualités 2019 pour dépister, reconnaître et traiter les hépatites virales.
DÉPISTER : C’était le sens d’une action de dépistage grand public, organisée dans le hall du CHU, ce matin une patiente s’était levée à 5 h pour venir de l’autre bout de l’île pour se faire dépister. Que dire aussi de cette patiente qui pensait avoir une hépatite B ce qui lui a été confirmé avant de la remettre dans 1 mois à la consultation hospitalière . Enfin un migrant d’Haïti et passé par Cayenne qui avait compris qu’il « pouvait rattraper l’hépatite B » Tous les militants de SOS Hépatites Guadeloupe étaient sur le pont pour répondre aux questions du plus grand nombre.





